Résumé
En 1979, le club Pacific a vu le jour dans le sous-sol de La Défense, dans le quartier d’affaire de Paris. Il s’agissait de la première boîte de nuit pour les Arabes provenant des banlieues; un monde parallèle de danse, de sueur, de jeunes amours et d’utopies d’une nuit. Azedine, 17 ans à l’époque, raconte l’histoire oubliée de ce club et de cette génération qui a rêvé d’intégrer la France, mais qui s’est rapidement heurtée au racisme, à l’épidémie de sida et à l’héroïne.
L'avis de Tënk
À la frontière entre les disciplines – animation, danse, cinéma – Pacific Club s'appuie sur des archives des années 80 et des entretiens avec Azedine pour raconter l’histoire oubliée d’une discothèque emblématique, nichée sous l’Arche de la Défense, à la lisière de Paris et de la ville de Puteaux. Les souvenirs du lieu rappellent l’histoire d’une génération, tout en témoignant de la dichotomie des classes sociales et des discriminations subies par les jeunes arabes des banlieues dans une capitale de plus en plus gentrifiée. Construite pour célébrer les 200 ans de la Révolution française et la Déclaration des droits de l’homme, l’Arche de la Défense incarne une nouvelle modernité. Toutefois, dans ses sous-sols, une autre histoire se joue : celle d’une communauté abandonnée, en quête de reconnaissance. La symbolique du monument contraste avec la froideur singulière du lieu, car les usagers de la discothèque sont fréquemment confrontés au racisme et aux violences institutionnelles quotidiennes, exacerbant leur marginalisation. Pourtant, malgré cet environnement hostile, la solidarité de la communauté transparaît, marquée par un sentiment d’appartenance, tant envers le lieu de la discothèque que vis-à-vis de ses pairs. La discothèque, en ouvrant ses portes, devient un refuge pour toute une communauté arabe discriminée, qui peine à trouver sa place dans les quartiers bourgeois de la capitale. Dans cette géométrie urbaine, où le bitume et les rues dessinées en lignes de fuite semblent converger vers l’idée d’une liberté, la jeunesse se cherche et se retrouve dans l’euphorie de la nuit. Cependant, cette quête est également marquée par les ravages de la drogue et du sida, frappant particulièrement les jeunes racisés, laissés pour compte par l'État français.
Morgane Ferrero
Programmatrice au Festival REGARD